Retour à l'accueil du site Cnam Lorraine
Accueil > Presse > 2011 > Travailleurs frontaliers : trouver la bonne équation
Travailleurs frontaliers : trouver la bonne équation PDF Imprimer Envoyer
Photo Pierre Heckler

Pour réussir à relever le défi de l'emploi sur le bassin de Longwy, la législation du travail, la mobilité et la formation sont trois points essentiels sur lesquels doit se porter la réflexion des acteurs concernés.
Sur la zone d'emploi de Longwy, le travail frontalier concernait plus de 17 000 personnes en 2008 (3 200 vers la Belgique, 13 800 vers le Luxembourg) alors qu'il ne touchait que 6 400 travailleurs en 1990.

L'adéquation entre offre et demande d'emploi en zone frontalière est donc un véritable enjeu pour le développement du territoire et nécessite de mener une réflexion sur la place du travail des deux côtés de la frontière.
Une étude a été réalisée, financée par les fonds Interreg IVA Grande Région. Longwy et Sarreguemines étaient concernées. Lors d'une conférence, le Centre de ressources et de documentation (CRD) Eures Frontaliers Lorraine a présenté les résultats de l'étude sur le bassin de Longwy et a avancé quelques propositions pour permettre à l'offre et à la demande d'emploi de se rejoindre.

Modèle de développement
Jean-Marc Fournel, conseiller régional et président du CRD Frontaliers Lorraine, a donné quelques pistes concernant la législation du travail, la mobilité et la formation. Trois points essentiels pour réussir à relever le défi de l'emploi sur la zone.
L'étude, qui a consisté en une enquête de terrain auprès des acteurs du marché de l'emploi en 2009-2010, a permis de relever certaines failles du système actuel. « Le secteur de Longwy est particulièrement touché par le recul des activités industrielles, relève Catherine Croisilles chargée d'études du CRD Eures. Le secteur d'activités tertiaire est seul en progression depuis 1993. Exception faite d'Auchan et de l'hôpital, les grandes structures sont peu nombreuses sur le secteur de Longwy. » Sur la zone d'emploi, les secteurs les plus représentés sont le commerce, l'industrie automobile, les équipements électriques, la construction, la santé et les services d'action sociale.

Réfléchir à long terme
L'écart de la fiscalité entre les pays est un frein à de nouvelles créations de ce côté de la frontière. Pour Jean-Marc Fournel, il faut renforcer les potentialités du territoire.
La sous-préfète Christine Boehler a évoqué une grande intercommunalité, telle que la propose le préfet, englobant la CCAL, la CC2R et la CCPL. Cette structure permettrait « de mobiliser et rassembler sur le territoire transfrontalier, qui est spécifique et demande à relever des défis particuliers. Le foncier étant un enjeu fondamental. Il faut réfléchir à long terme sur les grandes infrastructures, les grands équipements », estime la représentante de l'Etat.

La formation, un enjeu de taille
Certains frontaliers acceptent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, les salaires étant attractifs. Un phénomène qui a ses limites.
De nombreux jeunes vont également travailler de l'autre côté de la frontière, mais avec une vue à court terme, ce qui peut être un danger. Ils ne cherchent pas à se former. « Les débouchés outre frontière peuvent constituer un miroir aux alouettes pour les jeunes sans qualification », explique Catherine Croisilles.
Certains emplois, même non qualifiés, demandent une compétence supplémentaire. Par exemple, sur le territoire, se pose le problème de la maîtrise des langues étrangères. Il existe un risque de concurrence entre bassins. Les Luxembourgeois se tournent vers d'autres zones françaises pour recruter. Les Français se retrouvent également en concurrence face aux frontaliers allemands.
La population qualifiée est également considérée comme plus mobile et a tendance à se tourner vers le Luxembourg ou la Belgique, d'où les difficultés pour certaines entreprises locales de trouver du personnel qualifié.

Question de mobilité
Pour la mobilité Jean-Marc Fournel évoque l'importance de favoriser les échanges grâce aux transports en commun. Mais l'étude permet de constater que certaines personnes, notamment des femmes, font un arbitrage entre vie privée et vie professionnelle. Le différentiel entre les salaires perd de son importance face aux kilomètres et aux horaires de travail. « Certaines personnes ne supportent plus de faire 80 kilomètres, même plus, par jour », constate Jean-Marc Fournel . Pour que ces personnes restent, « il faut développer le tissu économique et social local. Certaines entreprises sur le territoire de Longwy ont survécu, pourquoi ne pas les aider à se renforcer plutôt que de chercher ailleurs, s'interroge Jean-Paul Durieux. Il faut une volonté politique de l'ensemble des acteurs. »
Guy Keckhut, du Cnam Lorraine (Conservatoire national des arts et métiers), a voulu donner une note positive. Il a cité en exemple un pôle de formation transfrontalier entre le Cnam et un établissement public allemand de formation, dans le cadre de l'Eurodistrict en Moselle. « Avec de la volonté, on peut avancer. »

© L'Est Républicain
Mardi 7 Juin 2011